Services payés de la police : Les éléments réclament la tête de leur DG

| 19.04.2017 à 00h02
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Le ministre délégué chargé de la sécurité, Alain Jean Claude Zagré a rencontré le vendredi 30 octobre 2015 à Ouagadougou, la troupe de la Police nationale. Le premier responsable de département est allé saluer le courage et la détermination des flics et les a invités à redoubler d’efforts pour assurer la sécurité et la quiétude des élections. Photo d'archives, utilisée à titre d'illustration
© SIDWAYA
Le ministre délégué chargé de la sécurité, Alain Jean Claude Zagré a rencontré le vendredi 30 octobre 2015 à Ouagadougou, la troupe de la Police nationale. Le premier responsable de département est allé saluer le courage et la détermination des flics et les a invités à redoubler d’efforts pour assurer la sécurité et la quiétude des élections. Photo d'archives, utilisée à titre d'illustration
Des agents de la police nationale observent un mouvement d’humeur depuis le mardi 18 avril 2017. Ils réclament la transparence dans la gestion des fonds générés par les « services payés » et refusent d’effectuer toute activité n’entrant pas dans le cadre de leur mission de service public. En sus, ils demandent le départ du Directeur général de la police nationale, Lazare Tarpaga.

Aujourd’hui, mardi 18 avril 2017, premier jour de travail après les festivités de la Pâques, la vie reprend son cours normal à Ouagadougou. Mais la sérénité n’est pas partagée dans tous les services, surtout du côté des forces de sécurité. Déjà la veille, un message anonyme circulant sur les réseaux sociaux annonçait un mouvement d’humeur des policiers. Les informations qui nous parviennent, puis le constat que nous faisons devant le Groupement des compagnies républicaines de sécurité (GCRS) ce matin, nous confirme effectivement que le ver est dans le fruit. A notre arrivée aux environs de 10 heures en ce lieu, les « éléments » de police sont dans une effervescence particulière. Ils rallient par petits groupes le groupement, communément appelé « camp CRS de Wayalghin », pour rencontrer leur hiérarchie. Dans le lot des plaintes et des protestations qui fusent, on peut entendre : « on a trop supporté», « on en a marre maintenant », « on veut plus se faire exploiter ». Dans la foulée, quelques-uns nous expliquent qu’ils ont décidé de ne plus faire de SP, entendez par-là, le service payé, terme utilisé pour désigner tout service particulier de sécurité que la police assure avec des entreprises particulières en dehors de leur mission régalienne classique. Une vingtaine de minutes plus tard, une clameur se fait entendre au sein du camp. Au même moment, les agents ressortent en nombre, aussi fiévreux qu’auparavant. Un rassemblement se forme spontanément devant le camp. Et aux hommes de média qui étaient en face, cherchant à comprendre, quelques-uns lancent : « on veut que le DG partent ». Et un autre de renchérir : « on a décidé de ne plus travailler jusqu’à ce qu’on change la hiérarchie et qu’ils règlent nos préoccupations ». Mais il s’empresse de préciser qu’en termes d’arrêt de travail, il s’agit exclusivement du service payé. Ce n’est donc pas une grève, ni une mutinerie. « C’est un mouvement d’humeur pour dire à nos autorités qu’on en a marre de leur comportement. Tout ce qu’on demande, c’est qu’ils partent et que la gestion des fonds soit clarifiée », ajoute-t-il.

« Que le DG parte ! »

Toutes ces protestations sont faites dans l’anonymat. Aucun d’entre eux n’accepte de s’identifier, et personne ne porte la casquette de porte-parole. De façon éparse et dans le tumulte de ce qui ressemble à un sit-in improvisé, certains font des confidences. Ce ne serait pas uniquement les montants du SP qui pose problème. « Tu pars en mission on te bloque tes frais de mission, en te remettant 2500 F au maximum. Il faut que ça change il faut qu’on voit clair dans tout ce qu’on fait », explique quelqu’un. Leur revendication ce jour tient en deux points : le départ du directeur général de la police et un regard sur les contrats signés avec les institutions qui demandent le SP. Seulement, lorsque leur hiérarchie les a rencontrés un peu plus tôt dans la matinée, elle leur aurait proposé de reverser les 10% qui étaient prélevés. Ce qui ne les satisfait plus. « Nous voulons les contrats authentiques et le départ de ces derniers (hiérarchie de la police). Point barre ! », tonne-t-il. L’Union police nationale (UNAPOL), le syndicat de la police, à travers un message publié sur sa page Facebook, marque son « soutien » à « ce mouvement pacifique et discipliné », tout en se défendant d’en être l’instigateur. A 17 heures, le ministre chargé de la sécurité, Simon Compaoré les rencontre à l’Ecole nationale de la police. Dans un discours à sens unique, il leur reproche d’être indisciplinés. Parce que, d’une part, il n’est pas de leur ressort de demander le départ de leur DG et, d’autre part, les dispositions sont en train d’être prises pour régler définitivement la question. « J’ose croire que par rapport à ce que j’ai dit, demain chacun sera à son poste », espère-t-il. Seulement, au sortir de la rencontre, les éléments affichent leur insatisfaction. Déclarant vouloir toujours que la tête du DG tombe, ils iront « rendre compte à leur base et décideront de la suite ».

Fabé Mamadou OUATTARA

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J’ose croire que par rapport à ce que j’ai dit, chacun sera à son poste

Le ministre d’Etat en charge de la sécurité, Simon Compaoré : « Le dimanche 16 avril, j’ai reçu chez moi des éléments de la CRS et des encadreurs de l’Ecole nationale de la police (ENP). Avec les éléments CRS, il m’a été donné de comprendre que leur revendication première était que j’enlève le DG de la police nationale, M. Tarpaga Lazare.

Leur deuxième point était que les instructions que j’ai données à propos des SP n’ont pas été exécutées. J’avais en effet dit qu’à partir du 1er avril, il devait être mis fin aux prélèvements sur les services payés dans les 13 régions du Burkina, jusqu’à ce que nous fassions la lumière sur la question et qu’un décret soit adopté. C’était les instructions que j’ai données. Mais jusqu’à preuve du contraire on ne m’a pas amené des éléments prouvant que ces dispositions-là ne sont pas respectées. L’autre aspect est que j’ai ordonné à l’inspecteur des services de procéder à un travail de vérification dans toutes les 13 régions sur les services payés. De me dire combien on a reçu comme service payé auprès des structures, comment ces recettes sont rentrées, par qui c’est rentré, comment ça a été dépensé, pourquoi et qui a été bénéficiaire. Depuis plus de 18 jours, des hommes sont sur le terrain en train de faire ce travail, une fois que ce sera fait, la restitution sera publique en présence des chefs et des représentants de la base policière de chaque région. Ces jeunes ont été impertinents de me dire qu’ils veulent qu’on relève le DG de ses fonctions dans 48 heures. Ce n’est ni eux, ni moi qui avons nommé ce DG. A ce que je sache ce n’est pas comme ça qu’on agit dans un corps où la discipline est de rigueur. J’étais suffisamment vexé. Je pense que ça ne sera pas comme ça. Si le DG les a volés, qu’ils en fassent la preuve, s’il leur a fait du tort, qu’ils le démontrent et je saurai quoi leur répondre. Sinon, si c’est le service payé, j’ai donné des instructions pour que ce soit réglé aussi bien à la police qu’à la gendarmerie. Ce soir, je suis venu leur dire qu’en refusant d’assurer le SP, ils refusent d’exécuter une mission qu’on leur a confiée. Aujourd’hui c’était un incident et j’ose croire que par rapport à ce que j’ai dit, demain chacun sera à son poste. »

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