Ecoutes téléphoniques : On ne sait plus à quel son se vouer

| 16.12.2016 à 00h01
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Ecoutes téléphoniques : On ne sait plus à quel son se vouer
© DR / Autre Presse
Ecoutes téléphoniques : On ne sait plus à quel son se vouer
Authentiques ? Pas authentiques ? Ça fait des mois qu’on spéculait sur l’intégrité des présumés écoutes téléphoniques entre Djibrill Bassolé et Guillaume Soro. On espérait qu’avec les résultats de l’expertise demandée par le juge militaire et qui ont été portés à la connaissance des différentes parties le 14 décembre 2016, on aurait le fin mot de cette affaire. Eh ! bien, loin s’en faut. Au flou il s’est ajouté du flou et on ne sait toujours pas où se trouve la vérité. Dans cette histoire d’écoutes, on ne sait vraiment plus à quel son se vouer, en effet, pour la même expertise, effectuée par le même expert, l’Allemand Herman Künzel, on a deux interprétations différentes : d’un côté, les avocats de Bassolé qui se réjouissent de ce que les analyses aient prouvé que l’enregistrement à charge n’est pas exploitable. Ils l’on dit dans un communiqué lu hier par Me Marc Le Bihan du barreau du Niger; de l’autre, le parquet, qui, à travers un communiqué du commissaire du gouvernement, Alioun Zanré, affirme le contraire : « Les écoutes téléphoniques sont exploitables ». Qui croire ? Qui ment ou, pour faire dans l’euphémisme, qui ne dit pas la vérité ? Difficile d’y répondre pour l’instant. En attendant, nous vous proposons les deux communiqués in extenso. Au-delà des divergences d’interprétation, la question centrale demeure : « Les écoutes sont-elles ou pas authentiques ? ». Une interrogation qui reste sans réponse pour l’heure du fait du secret de l’instruction.


Communiqué des avocats de Djibril Bassolé

Au vu de l'expertise judicaire sur les conversations téléphoniques supposées entre Guillaume Soro et Djibril Yipéné Bassolé, nous ne pouvons que nous féliciter et nous réjouir des analyses de l'expert en ce qu'elles corroborent, de manière, pleine, entière et en tous points, les réserves et dénonciations que nous n'avions cessé d'émettre, et ce, dès le début de la procédure judicaire.

Ces différents points ont d'ailleurs déjà été portés à la connaissance de l'opinion publique nationale et internationale, à diverses occasions ; et en ce qui concerne la presse nationale, entre autres, par le communiqué de presse de décembre 2015 suite à la sortie du Premier ministre d'alors, Yacouba Issac Zida, qui proclamait l'authenticité des écoutes téléphoniques incriminées, même si son ministre chargé de la Sécurité confessera publiquement que lesdites écoutes n'ont jamais été authentifiées.

L'expertise judicaire vient réitérer de la plus belle des manières toutes ces questions fondamentales posées depuis lors, à savoir sur les origines (externes ?), la captation, l'intégrité et la légalité de ces éléments sonores.

Cette expertise dont les termes sont très techniques nécessite des précisons complémentaires qui éclaireront définitivement l'instruction judicaire et à terme, le peuple burkinabè en quête de vérité et de justice.

Il y a lieu de constater que cette expertise (commandée par la justice militaire) se rapproche fortement de l'expertise privée opérée par l'expert Norbert Pheulpin courant janvier et février 2016, laquelle indiquait de manière ferme, que la pièce audio Soro-Bassolé ne peut être présentée comme étant l'enregistrement intègre d'une interception téléphonique mobile classique.

Au demeurant, encore une fois confortés dans notre perception que les droits fondamentaux de monsieur Djibril Yipéné Bassolé sont et demeurent violés, nous espérons que la Cour de justice de la CEDEAO, de nouveau saisie par nos soins sur cette question précise, écartera définitivement, ces éléments douteux et illégaux au vu des analyses de l'expert.

Une lecture objective des analyses de l'expert judicaire sur l'élément audio devrait conduire le commissaire du gouvernement avec le juge d'instruction militaire à ordonner la libération de Monsieur Djibril Yipéné Bassolé.

Considérant les appréciations techniques de l'expert, le principe de la présomption d'innocence et le caractère exceptionnel de la détention préventive, nous nous interrogeons légitimement sur la nécessité du maintien de Monsieur Djibril Yipéné Bassolé en prison.

Communiqué du Commissaire du Gouvernement près le Tribunal Militaire de Ouagadougou

Le mercredi 14 décembre 2016 à partir de neuf (09) heures conformément aux dispositions de l’article 167 du Code de procédure pénale, a eu lieu dans le bureau de monsieur le Juge d’Instruction du Cabinet numéro 1, l’ouverture du pli fermé et scellé contenant le rapport d’expertise acoustique dans le dossier Commissaire du Gouvernement contre Général Djibril Bassolet et autres.

Les résultats du rapport d’expertise ont été portés à la connaissance des parties à travers la lecture du greffier. Outre le Juge d’Instruction et son Greffier, étaient présents l’inculpé Bassolet Ypéné Djibril assisté de quatre (04) de ses Conseils. L’ex-bâtonnier Antoinette Ouédraogo, Maître Maria Mireille Barry, Maître Bonkoungou Dieudonné et Maître Marc Le Bihan du Barreau du Niger, le Commissaire du Gouvernement et un Substitut.

Après avoir pris acte de la lecture dudit rapport par le Greffier, le Juge d’Instruction a imparti un délai de dix (10) jours aux parties pour présenter des observations ou pour formuler des demandes, notamment aux fins de compléments d’expertises ou de contre-expertises.

Le Parquet rassure l’opinion publique nationale et internationale, que contrairement aux informations carrément aux antipodes des conclusions du rapport de l’expert véhiculées par certaines presses, il ne ressort nulle part que les écoutes sont « inexploitables et que l’expert n’a pu effectuer sa mission ».

L’instruction étant sécrète, le rapport est versé dans dossier de la procédure, et le contenu sera dévoilé lors du jugement à l’audience publique.

Ouagadougou le 15 décembre 2016

Le Commissaire du Gouvernement

Magistrat Militaire de 3e Classe, Zanré Alioun

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