Burkina: patrimoine des chefs d’Etat, le jour où Thomas Sankara a brisé le tabou

| 25.12.2016 à 00h01
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Burkina: patrimoine des chefs d’Etat, le jour où Thomas Sankara a brisé le tabou
© DR / Autre Presse
Burkina: patrimoine des chefs d’Etat, le jour où Thomas Sankara a brisé le tabou
Durant son court passage à la tête de son pays de 1983 à 1987, l’ancien président du Burkina, le capitaine Thomas Sankara, avait marqué les esprits en déclarant publiquement ses biens. 30 ans après, peu de chefs d’Etat sur le continent se prêtent à l’exercice. Qu’en est-il aujourd’hui «au pays des hommes intègres»? Géopolis fait le point avec Maître Bénéwendé Sankara, homme politique burkinabè.

Il fut le premier appelé à la barre de la Commission du Peuple, chargée de la Prévention contre la Corruption (CPPC) mise en place sous sa présidence. C’était le 19 Février 1987. Une audition dont des extraits ont été publiés par l’historien Roger Bila Kaboré dans son livre «du Burkina Faso 1919-2000, publié aux éditions l’Harmattan.

Devant une salle incrédule

Thomas Sankara jure de dire la vérité, toute la vérité. Puis il énumère la liste de son patrimoine: «Un frigidaire, trois guitares, deux téléviseurs avec magnétoscope, dont un à son bureau, une bibliothèque, une voiture, quatre vélos...»

Sur la liste qu’il parcourt devant une salle incrédule figure aussi une villa acquise grâce à un crédit bancaire, avec documents à l’appui, une voiture achetée en 1978, régulièrement dédouanée en dix-huit mensualités auprès du trésorier-payeur général et un terrain dans son village.

Thomas Sankara signale qu’il ne possède ni actions, ni effets de commerce. Il précise qu’il vit de son salaire de 138.736 francs CFA (201 euros) auquel s’ajoutent 192.698 francs CFA (300 euros), équivalents au salaire de sa femme, un peu plus élevé que le sien. La salle éclate de rire.

Des chèques sans provisions pour des parents trop pressants
A la sortie de cet exercice inédit, la presse burkinabè lui fait remarquer qu’il est sans doute l’un des chefs d’Etat les plus pauvres du monde. Vous sentez-vous le droit d’imposer votre austérité à vos proches? lui demande un journaliste.

Oui, répond Thomas Sankara, «je crois qu’il faut se l’imposer et l’imposer aux autres. Il faut des moyens pour vivre, mais ce ne seront tout juste que des moyens. Et pour cela, je me suis toujours efforcé d’acquérir honnêtement le peu de moyens que j’ai.»

Il raconte ensuite aux journalistes ses déboires bancaires à la suite de nombreuses sollicitations de la famille élargie: «Des parents sont souvent venus à moi, m’ont demandé de l’argent. Ils ne comprennent pas que le président du Faso leur réponde qu’il n’en a pas. Parfois, pour me débarrasser de ceux qui insistent de façon pressante, je leur ai remis des chèques qui m’ont valu d’être en rouge au niveau de ma banque.»

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