Projet de loi sur les libertés religieuses : regard sur les préoccupations de la FAIB

| 11.01.2017 à 00h00
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Projet de loi sur les libertés religieuses : regard sur les préoccupations de la FAIB
© DR / Autre Presse
Projet de loi sur les libertés religieuses : regard sur les préoccupations de la FAIB
Est-ce un dogme en démocratie ? On ne retire pas un projet de loi, on l’amende [à moins que le peuple dans son entier ne le rejette mais alors c’est l’Assemblée nationale qui se trouverait discréditée d’avoir soutenu ce projet, avec des conséquences désastreuses pour la stabilité du pays], puis on lui ajoute, le plus souvent après d’âpres discussions pour atteindre à un consensus, les nécessaires règlements qui apportent les précisions nécessaires pour éviter toute mécompréhension des textes, et afin qu’ils puissent être appliqués “le plus simplement du monde”.

Un internaute s’est interrogé avec pertinence : « Je me pose la question de savoir comment le projet de loi est parvenu à la FAIB ? Si le SG de la FAIB l’a reçu du gouvernement pour amendement, pourquoi alors la FAIB n’a pas transmis ses amendements dans la même discrétion au gouvernement au lieu d’utiliser cette voie publicitaire de la presse ? J’aurais mieux compris l’attitude de la FAIB si, en dépit de leurs propositions d’amendements transmises au gouvernement, celui-ci tentait de passer en force. Quand bien même je trouve que leurs observations sur le projet de loi sont fondées, je n’approuve pas la méthode utilisée. »

Nous nous sommes posés la même question, et avons remarqué que la FAIB, dans sa déclaration, n’a énoncé que des préoccupations “négatives”, inquiètes avec raison, sans qu’elles soient accompagnées de propositions positives, constructives, bien que certains questionnements marquent l’intérêt des associations pour le projet. La seule proposition qui découle de l’étude est, elle aussi, négative, c’est le retrait du projet de loi. La Fédération serait-elle incapable de s’entendre, en interne, sur des propositions constructives ?

Le paragraphe introductif de la déclaration contient des “menaces sous-tendues”, non sur un mode conditionnel mais affirmatif : « De toute évidence, l’application en l’état du projet de loi, va réduire la liberté de conscience et de culte telle que reconnue par notre constitution*, avec très probablement des conséquences dommageables sur le vivre ensemble apprécié de tous au Burkina Faso. »

*Art. 7 de la Constitution de la IVe République : La liberté de croyance, de non croyance, de conscience, d’opinion religieuse, philosophique, d’exercice de culte, la liberté de réunion, la pratique de la coutume ainsi que la liberté de cortège et de manifestation sont garanties par la présente Constitution, sous réserve du respect de la loi, de l’ordre public, des bonnes mœurs et de la personne humaine.

La FAIB utilise l’expression ”conséquences dommageables sur le vivre ensemble”, mais l’expression “troubles à l’ordre public” lui est équivalente en termes constitutionnels. Ainsi la FAIB introduit sa déclaration par une fiction “terrorisante”, et ces “conséquences dommageables” sont supposées par avance comme une conséquence d’un projet de loi en cours, ni amendé, encore moins finalisé, ce qui atteste du peu de bonne volonté des instances fédératives à participer à une “large concertation”, et c’est aussi couper la branche sur laquelle la FAIB est assise que d’imaginer une confrontation, comme si secrètement elle la souhaitait, confrontation que pourtant personne ne souhaite, sauf peut-être quelques agitateurs extrémistes que les instances supérieures de la Fédération devrait être en mesure de museler, ou de dénoncer aux autorités, dans le contexte d’insécurité qui est le nôtre depuis plus d’un an. Ce comportement de double jeu est extrêmement dangereux pour la cohésion sociale, et nous devrions être en mesure d’attendre des Oulémas autre chose que des préoccupations qui supposent une politique du pire que l’État voudrait infliger aux musulmans, ce qui relève d’une fiction malsaine et fantaisiste.

Les préoccupations de la FAIB concernent dix articles sur cent du projet de loi (tels que recensés par la FAIB). En toute logique elle n’est donc pas préoccupée par 90% du contenu de la loi qui, soit ne la concerne pas, soit lui convient, et qui fatalement concerne les autres religions. Dans ces conditions, demander le retrait du projet entier est pour le moins un manque de considération envers les autres religions, et “une large concertation” est pour ainsi dire inimaginable ; avec qui, cette concertation ? Ceux-là qu’on vient d’exclure ipso facto en les considérant non concernés ? Pourtant ce projet concerne toutes les religions, y compris les articles relevés comme préoccupants par les associations islamiques.

Il est d’ailleurs remarquable que seules les associations islamiques soient préoccupées. Le projet de loi aurait-il été taillé sur mesure pour les catholiques, les protestants et les animistes, ou alors ceux-là ont-ils transmis leurs amendements, confiants dans le processus d’élaboration d’une loi ? Il nous est difficile de nous en faire ne serait-ce qu’une idée, le projet de loi n’a pas été rendu public.

Il y a un danger à rejeter ce projet de loi par voie de presse. Les préoccupations des associations islamiques risquent de circuler rapidement dans le pays, et peuvent enfler comme un œdème avec la sensation d’étouffement qui souvent accompagne ce syndrome, générer du malaise et exacerber un sentiment de persécution déjà existant chez certains, que cette “publicité” de la FAIB ne va pas manquer d’alimenter.

A notre humble avis, un problème bien posé se résout facilement, si la volonté des parties au différend est affirmée et sincère

Dixit El Hadj Abdourasmané SANA, le 02 août 2016, alors Président du Bureau Exécutif Permanent du Conseil National de la Communauté musulmane du Burkina Faso (CMBF). Il faisait une mise au point par voie de presse pour démentir une crise au sein de la Communauté musulmane. Au deuxième point de sa déclaration, le président de la CMBF affirmait : « À la lecture de votre compte rendu, vos conférenciers parlent d’un congrès d’une FAIB, ce dont nous ne sommes pas au courant, encore moins des membres de cette Fédération. Il y a certainement une grande confusion flagrante qui est faite entre la CMBF et la FAIB... » C’est pourtant le même El Hadj Abdourasmané SANA qui signe, aujourd’hui, en tant que Président du Présidium de la FAIB la demande de retrait du projet de loi sur les libertés religieuses.

« La grande confusion flagrante qui est faite entre la CMBF et la FAIB » a-t-elle eu raison de la CMBF au profit de la FAIB ? A-t-elle eu raison des musulmans au profit des islamiques ? Les dérives sémantiques ont toujours du sens, et le glissement qui s’opère du musulman vers l’islamique fait craindre la venue d’un islamisme au Faso, cette idéologie qui a pour but d’imposer la loi musulmane.

Un problème bien posé

Le problème est que de “mauvaises habitudes”, et une conception de la liberté religieuse à l’avantage de “celui qui prend le terrain” sans qu’on ne l’empêche, se sont développées durant le quart de siècle de l’époque Compaoré, époque de laisser-aller et laisser-faire qui ont permis aux religions importées de s’étendre, de “mordre” sur l’espace public en toute illégalité, bravant des lois existantes mais non appliquées par un État faible et complaisant. Et maintenant les associations islamiques s’émeuvent qu’on puisse leur reprocher d’avoir investi l’espace public pendant si longtemps, comme si ce “laisser-aller laisser-faire” leur avait accordé des droits légitimes. Qu’en dit la Communauté musulmane ?

La liberté religieuse, si les religieux étaient si tolérants qu’ils l’affirment, devrait se penser en ces termes : ma liberté vient après celle des autres. Ça porte un autre nom : le respect, ou la reconnaissance de l’existence de l’autre et de sa propre liberté.

Les préoccupations des associations islamiques

Elles ont pour fondement une vision “ultra-libérale” de la liberté religieuse, et un tantinet égoïste dans un contexte de prescriptions contraignantes et de laisser-faire : on prie où on peut, où ça nous arrange, au plus près de nos activités, et comme on doit prier cinq fois par jour, ça suffit pour nous donner raison, en toute bonne foi. Et ça se passe sans heurt parce que le Burkinabè préfère la paix en tout, et qu’il est capable de supporter les “libertés” (dérives) que prennent les autres d’empiéter sur son propre espace de liberté. Ainsi la quiétude est-elle quotidiennement mise en péril par des appels à la prière tonitruants, et les libertés publiques sont “piétinées” à l’occasion. Seulement quand une religion fonctionne ainsi et qu’elle s’étend, elle devrait prendre conscience que la gêne que peuvent occasionner les libertés qu’elle prend s’étend elle aussi, et être en mesure de faire son autocritique. Car fatalement toute liberté en vient à rencontrer celle des autres, dans l’espace commun ou public, et si une religion n’est pas capable de s’auto-réglementer, dans un pays multiconfessionnel, c’est l’État qui doit (a pour devoir) de le faire. Qu’une fédération d’associations ne sache s’auto-réglementer pour respecter la liberté des autres, et refuse les propositions de l’État sans prendre le temps de les amender, est pour le moins inquiétant.

Sans entrer dans le détail des préoccupations qui nous semblent pour la plupart fondées, il est surprenant qu’elles posent beaucoup de questions comme si les associations islamiques étaient un interlocuteur distant qui attendait des réponses sans être capables d’en donner. Comment prétendre alors vouloir « participer à une large concertation qui aboutira(it) à des propositions consensuelles » ?

Ce n’est pas à nous de répondre aux questions posées par les associations islamiques, mais nous avons été choqué par le manque de sérieux de la préoccupation liée à l’article 14. Elle est effarante, car les lois ne sont jamais rétroactives, aussi la question « Tous ces lieux de culte musulmans, notamment les nombreuses mosquées de toutes sortes à travers nos villes et campagnes tomberont-ils dans l’illégalité ? » sous-entend que ce projet de loi a pour but de détruire l’islam. Cette supposition fantaisiste, d’apparence naïve, dénonce une grave arrière-pensée, de fait à nos yeux la seule préoccupation de la Fédération des associations islamiques du Faso qui entend manipuler les fidèles musulmans pour les dresser contre l’État.

Coulibaly Junwel
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