Opinion : « Les mots qui sèment la terreur »

| 09.01.2017 à 00h00
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Opinion : « Les mots qui sèment la terreur »
© DR / Autre Presse
Opinion : « Les mots qui sèment la terreur »
Cette note est inspirée par la réaction d’un internaute, Ouedraogo Saïdou, à l’article « Notre liberté dépend de la liberté de la presse, et celle-ci ne saurait être limitée sans être perdue », publié ici-même le 3 décembre 2016. Dans cette réaction, Monsieur Ouédraogo Saïdou accuse (en toute fraternité !) l’auteur d’être un terroriste.

Dix ans avant les attentats du 11 septembre 2001, l’écrivain américain Don De Lillo déclarait : « Il n’y a pas longtemps, un romancier pouvait croire qu’il pouvait influencer notre conscience de la terreur. Aujourd’hui, les hommes qui forment et influencent la conscience humaine sont les terroristes.»

Lire : « Notre liberté dépend de la liberté de la presse. Et celle-ci ne saurait être limitée sans être perdue »

Le pouvoir de l’écrivain

Le pouvoir de l’écrivain, de l’auteur (et en partie celui du journaliste, censé, lui, être impartial), est d’inviter le lecteur [supposé lettré car celui qui écrit n’accède aux analphabètes que par les rumeurs que son écrit génère] à réfléchir sur les idées qu’il expose. Le lecteur, lui, est libre dans la mesure où rien ne l’oblige à répondre à l’invitation que sont le titre et l’illustration qui attirent plus ou moins le regard, associée à la curiosité naturelle du lecteur, et à son intérêt pour le thème exploité par l’auteur.

Cependant le lecteur n’est pas “innocent”, il a fait le geste de tendre la main vers une publication, de l’ouvrir quitte à la refermer par désintérêt, ou il s’est connecté à un site pour y voir les nouveautés et a été attiré par un article parmi les autres. Selon la force de persuasion de l’auteur et le thème engagé, il n’est pas impossible qu’un changement s’opère chez le lecteur, que son esprit s’ouvre, accueille une pensée qui lui était étrangère. Il arrive en effet que par l’écrit on se trouve face à une “grande” pensée, insoumise, qui voit le monde avec une rare ouverture d’esprit et davantage de hauteur que le “commun” des mortels. Cette pensée sidérante n’est pourtant pas celle d’un terroriste, mais peut-être celle d’un insurgé, d’un visionnaire, d’un de ces êtres qui ne cherchent pas à détruire mais à construire.

L’arme de l’écrivain, ce sont les mots. Qu’ils soient maladroits, tranchants, aguicheurs, sensibles, légers, flatteurs, sincères, engagés ou même le produit d’arrière-pensées volontairement nuisibles, pour manipuler les esprits et tenter de les asservir idéologiquement, ou les confondre par des mensonges plus ou moins grossiers, quelle que soit la nature et la texture d’un écrit, la “distance” qui sépare le lecteur de l’auteur n’est modifiable que par le lecteur. Ainsi aucun lecteur ne peut être à la merci d’un auteur s’il a une volonté et une conscience personnelle, et s’il n’est pas disposé à gober, comme une grenouille, toute parole qui se trouve à sa portée. Lire suppose un minimum d’ouverture d’esprit et de discernement.

Aussi, en déduire, comme le fait Monsieur Ouedraogo Saïdou, qu’un auteur est un terroriste est une folie qui frise l’insulte désinvolte, et surtout ne pose pas la “bonne question”, car ce qui compte, ce n’est pas l’auteur, mais l’écrit.

« Tout comme les terroristes, l'auteur de cet écrit est un terroriste »

Comparaison n’est pas raison. Le pouvoir des terroristes réside dans la peur qu’ils inspirent à leurs victimes potentielles, c’est-à-dire désormais tout le monde et n’importe qui d’étranger à leur délire armé [volontairement destructeur pour semer, “justement”, la terreur] jusqu’à ce qu’elles deviennent d’“innocentes” victimes. Alors faut-il en déduire que l’écrit en question a effrayé notre internaute, ce lecteur en aucun cas innocent qui dispose du pouvoir d’arrêter la lecture, sauf s’il acceptait de se laisser emporter, volontairement, par la pensée d’un auteur autre que son prophète ? En aucun cas il n’est victime d’un prétendu terroriste, sauf s’il souffre d’un syndrome de victimisation qui le fait se sentir agressé dès qu’on effleure un sujet qui le touche personnellement et qu’il voudrait voir tenu caché, enfermé dans un “tabou protecteur pour garantir la cohésion sociale”. Ce syndrome qui relève de la psychiatrie est courant chez les musulmans rigoristes, généralement bornés, dénués d’humour, à l’esprit rendu étroit par la soumission volontaire et une idéologie totalitaire grimée de tolérance.

Si le pouvoir des terroristes réside dans la peur qu’ils inspirent aux “innocents”, et considérant que la peur est, avec la soumission, un des ressorts de l’islam, il faut reconnaître que cette religion fonctionne sur le mode de la terreur [déguisée en tolérance et abnégation], et ses premières victimes “innocentes” sont les analphabètes, qui n’ont d’autre choix que de construire leur foi sur des croyances et des rumeurs, le Livre leur étant inaccessible. Aussi ceux-là ne sont-ils pas concernés par la “critique” de M. Ouédraogo Saïdou, car les propos de l’“auteur-terroriste” ne leur sont pas accessibles. Et si d’occasion d’aucuns trouvaient pertinent d’user de l’oralité pour faire circuler les propos d’un auteur qu’ils jugent terroriste, ils se comporteraient eux-mêmes en terroristes manipulateurs car ils ne pourraient faire sans déformer les propos de l’auteur, leur seul ambition étant de propager une rumeur “accablante”, non contre l’écrit mais contre l’auteur.

Le terrorisme intellectuel religieux

S’il y a un exemple frappant et quotidien de terrorisme intellectuel au Faso, il est religieux et c’est le débordement anti-laïque des appels à la prière relayés par haut-parleurs, quand celle-ci est prolongée de la totalité du contenu de la prière, alors imposée par force aux non-musulmans avec une puissance qui rime avec nuisance. Dans ce cas précis il y a des victimes innocentes, et celui qui braille dans le haut-parleur les terrorise, qu’il en soit conscient ou non. Il serait inquiétant qu’il en soit inconscient !

Il en est de même de dérives protestantes : « Observons ce qui se passe à l’occasion d’un regroupement public nocturne protestant, sur un terrain de foot par exemple d’où il faudrait, semble-t-il, être entendu de l’autre bout du monde tant l’amplification est puissante et la harangue de l’orateur identique à celle d’un dictateur, alors que les participants grouillent autour de lui, on ne peut plus proches, et qu’il pourrait leur chuchoter à l’oreille ! L’orateur-dictateur n’a-t-il pas conscience qu’il terrorise ceux qui sont hors du terrain, hors de son espace de liberté qu’il occupe avec ses fidèles ? Ou au contraire en est-il tout-à-fait conscient et c’est pour les atteindre, par force, qu’il dépasse volontairement, et en toute illégalité, les limites de l’espace qu’il occupe, pour les “ravir”, c’est-à-dire s’en emparer, les soumettre à sa volonté, et non leur plaire ! »

Si nous avons choisi de citer cet extrait de l’article de Junwel Coulibaly, “Incivisme et anti-laïcité”, publié par Faso.net le 5 nov 2016, (lefaso.net/spip.php?article74034), c’est pour éclairer Mr Ouédraogo Saïdou sur la différence d’accueil réservé à un tel article : les protestants, pourtant attaqués vivement, n’ont pas réagi, mais la Fédération des associations musulmanes du Burkina Faso, en victimes par avance insultées, ont poursuivi l’éditeur devant le Conseil supérieur de la communication (voir la “Lettre d’un insoumis...” du même auteur), et les insultes n’ont pas manqué de pleuvoir sur l’auteur de l’article, pour lui répondre sans arguments féconds, qui ne manquait pas de dénoncer les dérives anti-laïques de la religion islamique que la plupart des musulmans sont pourtant les premiers à reconnaître, à regretter et à subir en silence.

Les prescriptions violentes bibliques : des mots qui ont semé la terreur.

Monsieur Ouédraogo Saïdou suppose que l’auteur est chrétien, mais cette supposition repose sur un préjugé hâtif, car un prénom, quel qu’il soit, ne suffit pas pour faire un croyant. Néanmoins, ce prénom est porteur d’une culture judéo-chrétienne, et l’auteur a connaissance des abominations commises par la chrétienté. L’Ancien Testament est bourré de prescriptions violentes ; son Dieu est violent, vengeur, il lance des sorts terribles, et pardonne à condition que le sang coule à flot (voir Job). Quant aux Croisades chrétiennes, elles ont été des abominations sanguinaires, terroristes au sens “moderne” du terme, semant la terreur pour imposer leur Dieu, de l’Occident jusqu’aux Amériques, acculturant à outrance. L’Europe, à elle seule, a connu mille ans d’interdiction de penser en dehors des dogmes de l’Église catholique, apostolique et romaine, et les Pères Blancs ont commis chez nous des atrocités, ne serait-ce que par leur “travail” d’acculturation, apportant la division annoncée par l’épée du Christ, sous couvert de bonté et de paix. Ce n’est que depuis leur départ que l’Église s’est “africanisée”, a reconnu la pertinence et la valeur des traditions africaines et introduit dans le culte des rituels animistes, notamment ceux relatifs aux ancêtres, et les rites funéraires, générant un syncrétisme facteur de cohésion sociale et de paix.

D’autres prescriptions violentes sèment désormais la terreur de par le monde, En 2010, il y avait un milliard six cent millions de musulmans au monde [estimation basse car d’autres estimations vont de deux milliards quatre-cent-soixante millions à dix milliards], dont la plupart sont modérés et en Afrique de l’Ouest pratiquent un syncrétisme, lui aussi facteur de cohésion sociale, mais combattu par les groupes armés salafistes et détesté “discrètement” par les rigoristes sunnites wahhabites.

Les 0,05% que Monsieur Ouedraogo considère comme semant la terreur au nom de l’islam représentent selon les estimations (difficilement vérifiables) de huit cent mille à cinq millions de personnes pour l’estimation la plus haute. Nous devrions davantage nous inquiéter qu’une telle armée, même divisée en factions rivales, “œuvre” sur Terre !

Jacques Zanga Dubus
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