Opinion : « L’éternelle vigilance est le prix de la liberté »

| 18.12.2016 à 00h01
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Opinion : « L’éternelle vigilance est le prix de la liberté »
© DR / Autre Presse
Opinion : « L’éternelle vigilance est le prix de la liberté »
L’“éternelle vigilance”, est-ce Dieu qui veille sur nous, et le prix de notre liberté notre soumission au veilleur ? Ou avons-nous la charge permanente de veiller sur nous-mêmes, sur ceux qui nous sont chers, mais aussi sur les institutions qui sont censées veiller sur la cohésion de notre société, et de transmettre cette vigilance aux générations futures pour le bien commun et précieux qu’elle est ? L’expression "éternelle vigilance" est un paradoxe car l'éternité, intemporelle, n'est humaine que dans l’imaginaire et la fiction, elle est du ressort des idées, des pensées et des croyances.

Vu sous cet angle, ce paradoxe peut supposer la soumission du temporel à l’intemporel, ce que les hommes vivent au travers des religions, à la recherche d’une inatteignable liberté, et de façon plus ou moins “exclusive”, et davantage dans l'islam qui voue un tel culte à la soumission (étymologiquement, islam signifie soumission, résignation à la volonté de Dieu), qu’elle est pour le croyant une vertu sublime qui suffit à le désengager de toute vigilance personnelle, si en tout et pour tout il s’en remet à son Dieu. Quant aux chrétiens, leur culte au sacrifié les prédispose à se désinvestir, consciemment ou non, de tout sacrifice personnel. Et tous misent sur Dieu pour échapper à la condition humaine qui est de vivre le tragique de ce monde, et pour que leur vie soit un coup de poker gagnant, la garantie pour eux d’une immortalité fictive, et de fictions immortelles d’arrière-mondes, de préférence paradisiaques.

Dans un pays où le fait religieux est quasi incontournable, intimement mêlé aux choses publiques au point qu’il semble impossible qu’une laïcité puisse les démêler, se satisfaire de ce paradoxe et “croire sans penser”, ou contraindre la pensée à se limiter à la croyance serait arrêter trop vite la réflexion, ce que nous refusons car la vigilance est du registre des hommes, de leur temporalité pour ne pas dire mortalité ; et elle l’est sous condition de leur vivacité, c’est–à-dire de leur ouverture d’esprit, de leur capacité à penser “librement”, et à développer un sens critique, aussi l’expression paradoxale “ éternelle vigilance” impose-t-elle à chacun, à côté des croyances voire d’une foi à fleur de peau, la conscience d’un lien laïque de transmission permanent avec “d’autres”, voire “les autres”, pour perpétuer cette nécessaire vigilance humaine. Elle est le prix de notre liberté, nous dit Thomas Jefferson en grand défenseur de la laïcité et promoteur infatigable de la liberté religieuse qu’il considère comme un droit naturel qu’il faut préserver en séparant l’État des pouvoirs religieux [Philosophe des Lumières, Thomas Jefferson a été le troisième président des États-Unis d’Amérique, de 1801 à 1809]. Liberté bien fragile et paradoxale, elle aussi !

Cette conscience-là, de la nécessité d’un esprit critique et d’un lien de transmission laïc et permanent avec “les autres” [y compris les croyants d’autres obédiences religieuses], ne vient pas aux croyants qui se satisfont du paradoxe selon quoi leur liberté ne dépend pas d'eux, mais de Celui à qui ils sont soumis et qui veille sur eux. Ceux-là croient, en toute naïveté, que la prière suffit pour préserver la liberté de tous, et vivent dans l’illusion d’un “statu quo salutaire”. Chaque jour qui passe, avec ses violences et ses drames, dément cette croyance infantile. La prière n’empêche ni les attentats ni les martyrs, elle apaise les douleurs mais ne les prévient pas. La prière n’est pas un acte de vigilance, mais d’inféodation.

Une vigilance privée d’éternité, peut-être chargée d’humanité

La vigilance est, au contraire, un qui-vive révolutionnaire, insurrectionnel que le premier ministre Paul Thiéba, à l’occasion de sa visite d’allégeance au Moogo Naaba de Ouagadougou, avait giflé, insulté d’un aphorisme lapidaire : « Il ne faut pas vous presser, nous savons exactement ce qu’il faut faire »

Nous disions dans l’article “Médiocratie et humanisme” : « Qu'il soit clair que tant que nous serons gouvernés par des financiers et des comptables, nous ne "méritons" pas autre chose qu'une médiocratie ! » Pendant ce temps la Coris Bank a été cotée en bourse, de nouvelles banques vont voir le jour, et les financiers vont se frotter les mains. Soyons assuré que sur ce point le Burkina Faso va connaître un essor sans précédent, mais la grande majorité des Burkinabè ne récupérera que des miettes de cette réussite-là, qui n’a rien d’endogène !

Il y a plus de deux siècles, Thomas Jefferson énonçait pour les États-Unis d’Amérique : "Je pense que les institutions bancaires sont plus dangereuses pour nos libertés que des armées entières prêtes au combat. Si le peuple américain permet un jour que des banques privées contrôlent leur monnaie, les banques et toutes les institutions qui fleuriront autour des banques priveront les gens de toute possession, d’abord par l’inflation, ensuite par la récession, jusqu’au jour où leurs enfants se réveilleront, sans maison et sans toit, sur la terre que leurs parents ont conquis". Et le crack boursier de 1929, un siècle plus tard, a “vérifié” sa vision.

Ici les Africains n’ont rien conquis, mais ils n’ont cessé de l’être ! Et pas comme on dit qu’on tombe “sous le charme”, mais sous le joug du conquérant ! Ils avaient tout, cultures, croyances, pauvreté sans misère, et maintenant qu’ils sont tombés dans la misère, ils se griment en masse en saoudiens comme si cela allait suffire à faire jaillir le pétrole au Burkina Faso ! Vivement que les sous-sols arabes se vident de leurs pétrodollars pour que cesse cette mascarade. Nos amateurs de croyances importées s’en remettent aux arrières-mondes, et se saoulent de prières et de chants religieux, pour ne plus penser, ne plus avoir à porter le poids d’un réel qui, sous le couvert d’apparences et de simulacres, par la terreur augmente le nombre de morts, de martyrs ! « Avec Dieu nous ferons des exploits », disent les protestants, et pendant qu’ils ânonnent « Loué soit le Seigneur », ils se font exploiter, et nos FDS tirer dessus. Mais de quelle vigilance ont-ils besoin, puisqu’à leurs yeux Dieu pourvoit à tout ! Sauf au règlement de la misère, et des attaques terroristes car ces règlement-là reviennent aux hommes, mais encore faut-il qu’ils aient le vouloir du qui-vive, pour acquérir le pouvoir de la liberté conquise par la vigilance.

Ainsi broie-t-on du Noir

Maintenant dans la sous-région nous avons “droit” aux deux dangers : des assaillants, prétendument djihadistes passent régulièrement nos portes sans prévenir, frappent et tuent ; et nous, Burkinabè, il y a près d’un an avons offert, par les urnes [dont on ne saura jamais à quel point elles ont été “juste ce qu’il faut” manipulées pour assurer une victoire sans risque au MPP], le pouvoir aux banquiers. Et nous permettons, car nous n’avons d’ici 2020 aucun pouvoir de l’empêcher [sauf si la coupe débordait et que la rue en sortait comme un lait bouillant], aux banques privées de gouverner notre économie, grâce aux dirigeants-banquiers que nous avons élus, entre les mains de qui nous avons déposé le prix de notre liberté. Ça prendra du temps, mais soyons assurés qu’ils parviendront à détruire autant que possible et tant que ça conviendra à leurs (sales) intérêts, jusqu’à nous priver de tout, même du courage de nous lever pour dire “non” ! La vigilance suppose de rester en qui-vive. Ni an lara an sara !

Et voilà qu’en plus des institutions de Bretton Woods d’autres banques étrangères viennent à notre aide pour mieux nous siphonner : ainsi la Banque Islamique de développement vient d’“offrir” au Faso dix-huit milliards de FCFA, mais en échange de quelle influence islamique ? Les financiers et banquiers ne font pas dans l’altruisme, mais dans l’échange de “bons procédés”, c’est-à-dire à l’avantage de celui qui “donne”, pas de celui qui tend la main.

Notre liberté est entre les mains de médiocres, mais aussi et fort heureusement d’institutions qui œuvrent, souhaitons-le, à la transmission de la nécessaire vigilance que nous leur déléguons, car c’est regrettable mais nous ne sommes pas tous des guetteurs également doués pour la vigilance.

Aussi, des élans sensibles génèrent des associations qui prônent la vigilance et vivent ensuite sur la fierté de leur création, mais quelle conscience ont-elles de l’entreprise phénoménale dans laquelle elles se sont engagées, et des difficultés qu’elles rencontreront à prolonger une noble impulsion pour qu’elle parvienne à se réaliser sur un très long terme, et quasiment sans repos, à moins d’organiser la veille, et en fonction des capacités personnelles de guetteur de chacun.

Le prix de la liberté est un qui-vive permanent en ce monde, et non un pari sur une après-vie dans des fictions d’arrières-mondes.

Coulibaly Junwel

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