Koglwéogo : La « républicanisation » en marche

| 03.11.2016 à 00h00
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Koglwéogo : La « républicanisation » en marche
© DR / Autre Presse
Koglwéogo : La « républicanisation » en marche
La salle de réunion du ministère de l’Administration territoriale, de la Décentralisation et de la Sécurité intérieure a refusé du monde le 28 octobre 2016. La raison : le patron des lieux, Simon Compaoré, et ses collaborateurs étaient face à une vingtaine de responsables de groupes d’autodéfense communément appelés Koglwéogo. Au menu des échanges, trois axes majeurs. Parmi lesquels : traduire à ses invités la satisfaction du gouvernement de la décantation de situations qui auraient pu dégénérer n’eût été leur action ; les informer de l’adoption d’un décret portant nouvelle mise en œuvre de la police de proximité mais le préalable, c’est la nécessité pour les associations de se faire délivrer des récépissés.


Du début de l’année 2016 jusque-là, s’il y a un sujet qui a fait couler beaucoup d’encre et de salive, c’est bien la question sécuritaire. Des citoyens burkinabè conscients du fait que la sécurité n’incombe plus exclusivement aux Forces de défense et de sécurité (FDS) se sont constitués en groupes d’autodéfense généralement appelés Koglwéogo. Ils engrangent des succès par-ci, mais commettent également des bavures par-là (flagellation ou poursuites de présumés voleurs au-delà des frontières nationales) si bien que l’on se demandait dans une de nos livraisons s’il était possible de «républicaniser » les Koglwéogo. A cette interrogation, l’on est tenté désormais de répondre par l’affirmative puisque le gouvernement a adopté un décret portant nouvelle police de proximité. Ce document précise la nouvelle manière d’impliquer les populations à la production de la sécurité. Pour ces groupes, voici ce que le décret dit en substance : Il est prévu la création d’une coordination au niveau de chaque commune ; une entité qui réunira les responsables Koglwéogo des villages, un représentant de la police, de la gendarmerie, des douanes et des eaux et forêts de ladite commune. La coordination, dirigée par le maire, se réunit selon son organisation et fait le point sur la situation sécuritaire dans l’espace concerné. «Ils vont se parler, des gens peuvent dire : il y a eu tel ou tel problème à ce niveau, la police ou la gendarmerie peut montrer des exemples de coopération qui ont réussi, soit faire des critiques pour améliorer la collaboration», explique le ministre d’Etat Simon Compaoré. Et d’ajouter que les responsables Koglwéogo repartiront dans leurs villages, tiendront des réunions avec leurs membres pour discuter des rapports au sein de la coordination. Cela aura l’avantage de mettre tout le monde au même niveau d’information afin que les réglages nécessaires soient faits. Il évoque la possibilité pour la commune et l’Etat central de «mettre quelque chose» dans la coordination afin que la structure puisse fonctionner comme il se doit. Selon ce décret, les Koglwéogo doivent impérativement envoyer les présumés voleurs qu’ils arrêtent à la gendarmerie ou à la police, les seuls assermentés et pouvant dresser un procès-verbal avant de conduire les intéressés chez le procureur du Faso. Cependant, il a relevé un préalable : « Nous allons travailler avec les structures qui vont se faire reconnaître par l’Etat, il y a des associations qui n’ont pas d’acte de naissance, mais il n’est jamais trop tard pour bien faire». Le ministre en charge de la Sécurité les invite à aller vers les préfets, les hauts-commissaires de leurs provinces qui pourront les aider à avoir des récépissés. Cela, dit-il, va marquer leur existence juridique, faciliter la collaboration qui se fera désormais dans un cadre réglementaire. Il les exhorte par ailleurs à ne jamais politiser les associations et à faire attention aux «hommes de tenue retraités». « Les Koglwéogo ne doivent pas être récupérés par des personnes ; si c’est le cas, ils pourront être considérés comme des milices, et nous n’en voulons pas », prévient-il.

«A Niou, il n’y a pas de police ni de gendarmerie »

La parole est ensuite donnée aux collaborateurs du ministre. Pour le chef d’état-major de la gendarmerie, le colonel Tuandaba Marcel Coulibaly, il n’y a pas grand-chose à ajouter si ce n’est féliciter les responsables Koglwéogo et, à travers eux, l’ensemble des membres pour le travail qu’ils abattent au quotidien. Leur action, souligne-t-il, a été décisive dans les récents événements (pont Nazinon, arrondissement 3 de la ville de Ouagadougou, quartier Kilwin). Une collaboration qui s’est traduite par l’interpellation d’un des éléments de l’ex-RSP et la neutralisation du présumé recruteur de terroristes. Les interventions des responsables d’associations se résument à des salutations et ils profitent de l’occasion pour égrainer quelques difficultés dans la collaboration avec les FDS ou avec des autorités administratives de certaines localités. Dans la commune rurale de Mané par exemple, il est question d’un ancien voleur qui est entre les mains de la gendarmerie. Pourtant ce dernier, à en croire les explications du responsable de la structure, s’est reconverti, il a intégré l’association puis a permis d’interpeler de présumés malfrats. Des démarches ont été faites auprès du Commandant de brigade afin de demander sa libération mais rien n’y fit. Dans la province du Yagha, c’est le haut-commissaire qui n’est pas en odeur de sainteté avec les Koglwéogo pendant qu’il y a des autorités policières qui donnent des conseils, notamment sur où ces groupes ne doivent pas mettre les pieds. A Niou, il n’y a pas de poste de police ni de gendarmerie. Le premier des flics instruit séance tenante l’inspecteur général de police et le chef d’état-major de la gendarmerie de lui faire des propositions afin que cette la question soit réglée dans les plus brefs délais. Pour ce qui est du refus des préfets ou haut-commissaire, réponse : «Ce sont des incompréhensions. Si c’est nous qui les avons mis là-bas, nous allons les appeler et leur donner des lignes de conduite; un préfet, qu’il soit au Nord ou au Sud, à l’Est ou à l’Ouest, doit accomplir la politique qui est dégagée au niveau de l’Etat central. Qu’on soit préfet, haut-commissaire ou gouverneur, ce ne sont pas des questions qu’on gère avec des états d’âme, on applique les règles de la vie en commun».

Aboubacar Dermé

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