Pharmacies de garde à Ouagadougou : 25 officines accessibles sur 124

29 Nov 2013, 06h05 Sciences & Santé  
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Pharmacies de garde à Ouagadougou : 25 officines accessibles sur 124
Pharmacies de garde à Ouagadougou : 25 officines accessibles sur 124
Avoir besoin en urgence de médicaments, la nuit ou les week-ends, ne se décide pas. Alors qu'en ces moments, la plupart des officines sont fermées. Comme palliative, les pharmacies organisent à tour de rôle, des gardes pour permettre aux patients de se procurer des produits. En moyenne, 25 officines assurent la garde pour toute la ville de Ouagadougou. Un nombre qui se révèle insuffisant, au regard de la demande de plus en plus croissante.

De passage à Tampouy, un quartier de l'arrondissement n°3 de Ouagadougou, le samedi 19 octobre 2013, où il est allé rendre visite à un ami, Karim Diarra, la trentaine révolue, fait un détour à la pharmacie Ar-Rahma, située aux abords d'une grande artère aux environs de 21 heures, pour se procurer d'un produit qu'il a l'habitude de prendre. Après une dizaine de minutes passées dans le rang attendant son tour, le patient est enfin servi. Mais, il laisse entendre, tout de même, son amertume. « Ce n'est pas normal pour une pharmacie de garde d'être encombrée de la sorte. Pourtant, il y a beaucoup d'officines, mais celles qui sont de garde ne sont pas nombreuses », se plaint-il, dès qu'il sort de l'officine. En effet, sur les 124 pharmacies que compte la ville de Ouagadougou, réparties en cinq groupes, seulement 25 officines, en plus de celle de l'hôpital Yalgado (elle est ouverte tous les jours sans tenir compte de la programmation des gardes) assurent la garde sept jours sur sept et 24 heures sur 24, soit deux pharmacies par arrondissement. En tenant compte de la répartition par secteur avec le nouveau découpage de la ville, des secteurs se retrouvent, théoriquement, sans officine de garde. Ce qui justifie quelquefois les longues distances que parcourent certains patients pour avoir les produits dont ils ont besoin et les débordements que connaissent des pharmacies de garde. C'est le cas de la pharmacie Ar-Rahma, issue du groupe II, selon le programme de garde établi par le Conseil régional des pharmaciens de Ouagadougou (CRPO) sur la période du 19 au 26 octobre 2013. Malgré le système de deux caisses mis en place par le responsable de la « boîte », Dr Soumaïla Paré, et le renfort de personnel, composé d'étudiants en pharmacie, le service semble ne pas répondre à la satisfaction de la clientèle. Dans un des rangs, un client arrêté en quatrième position exprime son impatience, à travers son comportement. Ordonnance à la main droite et le téléphone portable à la gauche, tantôt il croise les bras, tantôt il tient sa hanche. Ensuite, il sort du rang, se dirige vers le comptoir pour constater les multiples va-et-vient des agents de pharmacie à la recherche des produits dans les étagères, puis rejoint le rang en marmonnant. A son tour de se faire servir, il tend son ordonnance sans répondre au « bonsoir » de l'agent. Après avoir réglé le montant des produits, il pousse un ouf de soulagement. « Ça n'a pas été du tout facile, l'attente ! », lui avons-nous lancé. « Excusez-moi, pour l'instant, je n'ai pas le temps pour vous répondre. J'ai mon malade qui m'attend aux urgences », rétorque-t-il, en se dirigeant vers le parking, situé en face de l'officine pour enfourcher son engin. Si l'attente est sans importance pour Suzanne Somé, une autre patiente, sa déception se situe au fait qu'elle a dû parcourir des kilomètres pour trouver la première pharmacie de garde. « Il faut revoir le nombre d'officines de garde à la hausse. C'est comme si c'était une stratégie qui a été mise en place pour permettre aux officines qui ne feraient pas de recettes la journée, de pouvoir se rattraper, la nuit », dénonce-t-elle. Pendant ce temps, la pharmacie de M. Paré ne désemplit pas. « Franchement, nous sommes débordés », reconnaît-il.

Le paradoxe de la périphérie

Dans la même soirée, à la pharmacie Nayyira à Katr- yaar, un quartier périphérique, situé dans l'arrondissement n°10 de Ouagadougou, les "clients" arrivent aux compte-gouttes. Avec la faible affluence, le service est plus fluide. A 22 heures 15 minutes, l'officine n'a presque plus de patient. Elle décide alors de baisser les rideaux pour assurer le service minimum. Ainsi, pour des raisons de sécurité, les éventuels patients désirant acheter des médicaments feront passer leur ordonnance par une petite ouverture au niveau de la porte d'entrée. « En fonction de la position des officines, il y a de l'affluence pendant la garde. Une officine située à proximité des grandes artères, sera beaucoup plus fréquentée. Par contre, celles qui sont à l'intérieur des quartiers comme la nôtre, ne connaissent pas d'affluence. Mais à l'approche de la période hivernale, l'Ordre des pharmaciens sort une circulaire pour dire aux officines de prendre des dispositions pour renforcer le personnel », explique Dr Modeste Yerbanga, patron de la pharmacie. Cependant, les quartiers périphériques ne disposent pas d'assez d'officines, encore moins pour celles qui sont de garde. Et Katr-yaar en est une illustration parfaite. Comme le stipule un adage populaire « la nature a horreur du vide », et la vermine n'a pas tardé à prendre place en ces lieux. En effet, non loin de la pharmacie Nayyira, des vendeurs ambulants de médicaments se sont installés à côté d'un marché. A ce qu'il paraît, ces vendeurs de médicaments prohibés se frottent les mains, bien que leur activité soit pratiquée la nuit. « La plupart des clients, en cette période, achètent du paracétamol et nous sommes souvent en rupture de stock », indique Noufou Kaboré, un vendeur ambulant de médicaments.

« Le paracétamol n'est pas un produit d'urgence »

Ainsi, des deux cas de figure, une hypothèse générale se dégage : « les officines qui fonctionnent pendant les périodes de garde ne sont pas nombreuses ». Pour les professionnels du métier, diverses raisons expliquent cet état de fait. « En principe, toute famille doit disposer d'un certain nombre de médicaments comme le paracétamol en stock de prévention contre le paludisme. Mais, on constate que pendant la garde, on reçoit beaucoup de patients pour un médicament qui ne devrait pas être vendu, en cette période. Le paracétamol n'est pas un produit d'urgence. Mais, les injectables par exemple, sont des produits d'urgence. Même le lait pour enfants et les pâtes dentifrices sont achetés pendant les périodes de garde. Les gens préfèrent attendre le soir pour se rendre dans les officines. Donc, ne soyez pas étonnés qu'il y ait des débordements pendant la garde », révèle Dr Yerbanga. Dr Soumaïla Paré ne va pas du dos de la cuillère pour évoquer la peur que vivent les pharmaciens pendant la période de garde. « Pratiquement chaque semaine, on fait l'objet de braquage (lire l'encadré de l'interview) », dénonce-t-il, l'air dépité. Malgré cette angoisse, depuis que les conditions d'ouverture de pharmacie ont été assouplies, de l'avis du responsable de l'officine Nayyira, en moyenne, cinq à dix autorisations d'ouverture d'officines sont accordées par an pour la ville de Ouagadougou. « Avant, il fallait faire 15 ans dans l'administration, avant de pouvoir s'installer à son propre compte. Maintenant, on peut exercer le métier sans avoir travaillé auparavant dans la fonction publique », explique Dr Soumaïla Paré. Pour le patient Cheick Oumar Traoré, il va falloir développer une politique qui va permettre aux pharmacies de s'ouvrir à la concurrence, pour permettre aux officines de fonctionner 24 heures sur 24, comme c'est le cas au Mali et au Bénin, tout en prenant des précautions. « Cela permettra aux malades d'économiser les distances et les risques pour avoir son produit », justifie-t-il. Une proposition que le président du Syndicat des pharmaciens du Burkina Faso (SPBF), Dr Camille Kaboré, botte en touche. Selon lui, en suivant cette logique, rare de pharmacies sauront supporter les différentes charges y afférentes, particulièrement le nombre du personnel qu'il va falloir revoir à la hausse. « Si on applique la convention collective, je vois bien ma pharmacie avec des charges salariales élevées, sans oublier d'autres coûts liés au fonctionnement. Même quand je suis de garde, l'affluence à mon niveau se situe entre 22 heures et 23 heures. Après ce temps, c'est un personnel limité qu'on laisse pour des cas d'urgence », souligne-t-il. M. Kaboré demande la compréhension de la population. A l'en croire, des efforts sont en train d'être faits pour rendre le secteur plus professionnel.

Paténéma Oumar OUEDRAOGO

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La continuité en dehors des heures de garde, un mal nécessaire

Comme le prévoit la réglementation de l'Ordre des pharmaciens du Burkina Faso, toute officine qui n'est pas de garde doit fermer après les heures normales de service. Cependant, certaines officines semblent ne pas se plier à cette réglementation. Par exemple, la pharmacie de l'hôpital Yalgado Ouédraogo, située hors du district, fonctionne 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7. Du fait qu'elle est située à proximité de l'hôpital, les titulaires de cette boîte (autrefois appartenant à l'Etat) évoquent la raison qu'ils ont héritée d'une maison qui fonctionnait ainsi. Il en est de même de la pharmacie Trypano qui, aidée aussi par sa proximité avec ledit l'hôpital, ne se conforme pas au règlement de l'Ordre, préférant fonctionner à l'image de la pharmacie de l'hôpital. Si une indulgence est accordée à ces officines, compte tenu de leur position stratégique à côté de l'hôpital Yalgado Ouédraogo, la pharmacie du Sud, située à Ouaga 2000, si l'on s'en tient à la réglementation de l'Ordre, viole les textes. En effet, elle ne jouxte aucun centre de santé mais, elle fonctionne au même rythme que les deux officines sus-citées. Etant donné que les 24 pharmacies de garde n'arrivent pas à couvrir toute la ville comme le souhaite la population, ne faudrait-il pas permettre à celles qui en ont la capacité, d'assurer la continuité en dehors des heures de garde, tout en leur faisant signer un cahier des charges ? La réflexion mérite d'être approfondie.

P.O.O.

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Dr François Zongo, président du Conseil régional de l'Ordre des pharmaciens de Ouagadougou

"On comprend que les gens se plaignent"

Sidwaya (S). : Quelles raisons ont concouru à l'instauration des systèmes de garde dans le milieu des officines ?

François Zongo (F.Z.). : La garde est organisée comme dans les systèmes de santé publique pour assurer la continuité des soins. Théoriquement, quand on a un malade, la première des choses, c'est d'aller dans un centre de santé. A Ouagadougou, nous avons des centres de référence comme l'hôpital Yalgado Ouédraogo, l'hôpital Blaise Compaoré, l'hôpital pédiatrique Charles de Gaulle, des Centre médicaux avec antenne chirurgicale (CMA) et à côté, nous avons des Centres de santé et de promotion sociale (CSPS). Au niveau de toutes ces structures, il y a des dépôts de médicaments pour faire face aux urgences. C'est quand on n'y trouve pas tous les produits dont on a besoin qu'on fait appel aux officines. C'est vrai que dans ces centres de santé, ce sont les médicaments essentiels génériques qui s'y trouvent, le plus souvent. Mais au niveau de l'Ordre, la garde est organisée par les conseils régionaux. On a deux conseils régionaux au niveau du Burkina Faso à savoir le Conseil régional de Ouagadougou et celui de Bobo, chapeautés par le Conseil national qui représente l'Ordre national des pharmaciens. Pour la garde, toutes les officines y sont assujetties. C'est une obligation et dès qu'une officine s'ouvre, elle est inscrite dans une revue de garde. Celle-ci commence le samedi matin à 8 heures et se termine le samedi suivant à 8 heures. Donc, nous avons en moyenne 25 officines par groupe de garde.

S. : Un des reproches faits aux officines est qu'elles sont en nombre insuffisant pendant la période de garde, alors que Ouagadougou compte 124 pharmacies. Pourquoi ?

F.Z. : Les officines fonctionnent dans un cadre formel et légal. Nous avons des contraintes en termes de volume horaire et dans le fonctionnement. Une officine, quand bien même elle n'est pas de garde, est ouverte 49 heures par semaine. Pourtant, nous sommes tenus au respect de certains volumes horaires, conformément à la convention que nous avons signée avec le Ministère de la fonction publique. Nous sommes aussi des hommes et nous avons besoin de repos. Mais, la plupart des pharmaciens d'officine n'ont pas de vie de famille. Par rapport au nombre d'officines, ce n'est pas l'Ordre qui gère tout. Il y a également le Ministère de la santé, à travers la direction générale de la pharmacie et du médicament. Chaque année, il y a des sites qui sont identifiés ; mais entre le temps d'identification d'un site et l'ouverture de l'officine, il faut compter un, voire deux ans. Il y a des autorisations d'ouverture en cours. Si tout devait être fonctionnel, on devrait atteindre 140 officines dans la ville de Ouagadougou. Aussi, les patients doivent comprendre que quand ils arrivent devant une pharmacie, bien qu'elle soit fermée, le minimum est de consulter la liste des pharmacies de garde pour identifier celle qui est la plus proche. C'est toujours affiché devant chaque officine.

S. : Il y a des quartiers périphériques de la ville qui n'ont pratiquement pas de pharmacie de garde. Est-ce un choix délibéré de l'Ordre ?

FZ : Théoriquement, pour qu'il y ait une officine dans une zone, il faut qu'il y ait un certain nombre d'aménagements. Ce dont les quartiers périphériques ne disposent souvent pas. Nous avons beaucoup de demandes d'ouverture d'officine comme je l'ai dit, mais quand on demande aux confrères d'aller s'installer dans une zone indiquée, ils ne veulent pas parce qu'autour d'une officine, il y a des aspects comme le volet économique qu'il faut prendre en compte. Ça ne sert à rien d'ouvrir une officine et la fermer une année après, parce qu'elle ne marche pas. En sus, il y a le problème de la sécurité qui est posé. L'officine qui est dans ces quartiers périphériques est encore plus en insécurité, étant donné que celles même qui sont en ville où les voies sont éclairées et bitumées, sont cambriolées. De 2011 à nos jours, nous avons eu une bonne trentaine d'officines qui ont été cambriolées. Rien que la nuit du lundi 14 à mardi 15 octobre 2013, il y a eu vol par effraction dans une des officines de la place. Donc de plus en plus, les officines sont exposées à des braquages. C'est vrai que nous travaillons avec des sociétés de gardiennage, mais j'avoue que ce n'est pas facile. Sinon, on comprend que les gens se plaignent, c'est légitime.

Propos recueillis par PO.O.

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