Appréciation de l'enquête parlementaire sur les mines : « Les gens n'ont qu' à parler, l'Assemblée nationale avance » (la rapporteuse générale, Karidia Zongo/Yanogo)

| 28.10.2016 à 00h01
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Appréciation de l'enquête parlementaire sur les mines : « Les gens n'ont qu' à parler, l'Assemblée nationale avance » (la rapporteuse générale, Karidia Zongo/Yanogo)
© DR / Autre Presse
Appréciation de l'enquête parlementaire sur les mines : « Les gens n'ont qu' à parler, l'Assemblée nationale avance » (la rapporteuse générale, Karidia Zongo/Yanogo)
Après le rapport de la commission d'enquête parlementaire sur le foncier urbain, rendu public le 13 octobre, celui sur les titres miniers et la responsabilité sociale des entreprises minières a été rendu public le 25 octobre dernier. Comme le premier, ce deuxième rapport suscite des débats et des commentaires de l'opinion. Pour la rapporteuse générale, Karidia Zongo/Yanogo, que nous avons rencontrée hier 27 octobre à l'hémicycle, l'important, c'est que la représentation nationale, dans le souci d'améliorer la gouvernance dans notre pays, ait mis le doigt sur un secteur caractérisé par les détournements de deniers publics. Membre du groupe parlementaire UPC, cette députée revient sur le sujet et ne semble pas impressionnée par une quelconque réaction.


Comment devons-nous vous appeler : madame le rapporteur ou madame la rapporteuse ?

Si vous voulez, appelez-moi madame la rapporteuse.

Quelle était la composition politique de la commission de l'enquête parlementaire sur les mines et la responsabilité sociale des entreprises?

Le groupe parlementaire MPP était représenté par quatre (4) députés, le Burkindlem 2, l'UPC 2, Paix, justice et réconciliation nationale 1 et le CDP 1. Le bureau, quant à lui, était composé du président de ladite commission, Ousseni Tamboura, du vice- président de l’assemblée, Bénéwendé Sankara, de moi-même la rapporteuse générale et de mon adjoint, Bernard Somé.

On constate une supériorité numérique des députés de la majorité. Est-ce que cela n'a pas créé un déséquilibre en matière d’investigations sur le terrain?

Vous l'aurez remarqué, il a fallu que je prenne un temps de réflexion avant de vous répondre sur la composition de la commission. C'est la preuve que tout au long de nos travaux personne n'a laissé transparaître sa couleur politique. Nous avons travaillé sur la base de 10 commissaires désignés pour mener une mission et nous l'avons fait dans un climat détendu et une ambiance bon enfant.

Vous avez mis le doigt sur un secteur important de notre économie : le métal jaune est devenu le premier produit d'exportation de notre pays, ce qui veut dire que vous touchez aux intérêts de grands groupes de pression. Est-ce qu'ils vous ont laissé les mains libres dans l'accomplissement de votre mission?

Personnellement je n'ai senti aucune pression de leur part. En effet, nous avons rencontré le gouvernement, les sociétés minières, la chambre des mines, la société civile, etc., mais on n’a subi aucune pression.

Qu'en est-il de la collaboration des acteurs cités ?

Là c'est relatif parce que nous avons convoqué des gens, qui n'ont pas daigné répondre, notamment les comptoirs d'achat. Pour le reste, on n'a pas eu de difficulté particulière.

Il y a eu un débat sur les 551 milliards représentant le manque à gagner pour l'Etat ; certains ont parlé de 75 milliards, d'autres par contre pensent que la perte se chiffre à des milliers de milliards de francs CFA. Alors, que représente exactement le chiffre brandi?

Les 551 milliards ne représentent pas des impôts non payés à l'Etat et qu'il devrait recouvrer ; ils représentent beaucoup de choses. Il y a d'abord le fonds de préservation et de réhabilitation de l'environnement, ensuite des taxes non perçues dans l'exportation de l'or. Le comptoir burkinabè des métaux précieux déclarait environ 10 tonnes d'or, mais avec sa suppression on a maintenant, malgré le boom minier, une seule tonne alors qu'on en attendait 100. Pour les exonérations on a beaucoup abusé car après la recherche et l'exploration on ne doit pas permettre que l'exploitation soit faite dans les mêmes conditions fiscales. Cette situation a fait perdre à l'Etat plus de 290 milliards.

La mine de manganèse de Tambao a valu à l'Etat des pénalités de 9 milliards. Les dividendes de l'Etat en tant qu’actionnaire à hauteur de 10% ne sont pas pourvus. Figurez -vous, une entreprise étrangère qui décide de garder les dividendes pour réinvestir ailleurs. Notre Etat n'est pas concerné par ses activités futures. Les choses devraient être du tic au tac de sorte que la part de l'Etat ne soit pas négociable. Malheureusement sur cette question, il lui a filé entre les mains plus de 21 milliards. On a aussi enregistré des pertes dues aux spéculations des titres miniers. L'emploi des expatriés a fait perdre plus de 200 milliards. S'il y avait une bonne gouvernance, on aurait pu engranger plus que les 551 milliards. Je suis donc d'avis avec ceux qui pensent que ce chiffre est minoré par rapport à la réalité.

On a jeté certains noms en pâture, notamment François Compaoré, Eddie Komboïgo et Salif Kaboré. Ne pensez-vous pas que c'est ce qui fait penser que l'enquête était politiquement orientée?

Nous ne sommes pas contre l'intérêt d'un individu mais contre ceux qui ont pillé le peuple, qu'ils se nomment X ou Y, ce n'est pas là le problème, pourvu que ce soit des gens qui ont détourné des deniers publics. Nous avons fait correctement notre travail. Quant aux critiques, elles sont inhérentes à toute action humaine. Si on ne l'avait pas fait, on nous l’aurait aussi reproché. Nous voulons que la gouvernance dans notre pays soit différente de ce qu'on a subi pendant 27 ans.

Vous-même vous savez qu'à l'UPC nous n'avons pas coutume de nous attaquer aux gens pour des objectifs inavoués mais on est très regardant sur les questions de gouvernance et de droit. Vous savez que François Compaoré est impliqué dans l'affaire de Tambao. On n’a rien inventé ! Il en est de même de l'ancien ministre Salif Kaboré, dont nous subissons aujourd'hui la mauvaise gestion. Il faut qu'on sache ce qu'on veut : une enquête claire avec des noms ou floue sans précisions ?

Tout comme la précédente enquête sur le foncier, celle qui nous occupe aujourd'hui est qualifiée par certains de populiste, car réalisée, selon eux, simplement à des fins de communication. Qu’y répondez-vous?

Qu’ils en apportent les preuves ; nous avons fait notre travail, dont les résultats seront transmis à la justice, qui à son tour fera le sien. L'important dans tout acte qu'on pose, c'est de s'assurer qu'on a un objectif et qu'on vise l'intérêt général. Pour le reste, les gens sont libres de parler, les autres avancent, l'Assemblée nationale continuera d'avancer. Tous les Burkinabè sont égaux devant la loi et si quelqu'un estime qu'il a été injustement cité, la justice est là pour dire le droit.

Les uns et les autres usent de leur droit d'opinion, si bien qu'il y a des gens qui ont qualifié l'insurrection de coup d'Etat. Rien n'est donc nouveau, tout le monde ne peut pas avoir la même grille de lecture d’un évènement.

Entretien réalisé par
Abdou Karim Sawadogo

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