Les conditions d'une Administration Publique à Haute Performance au Sénégal (APHP)

| 04.08.2016 à 14h42
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Les conditions d'une Administration Publique à Haute Performance au Sénégal (APHP)
© DR / Autre Presse
Les conditions d'une Administration Publique à Haute Performance au Sénégal (APHP)
Après avoir connu deux alternances très paisibles, le Sénégal est cité parmi les pays les plus stables et sécurisés de l’Afrique de l’ouest. Depuis 2012, le Président de la République, Monsieur Macky SALL, a engagé le pays dans la voie du développement par la promotion de la bonne gouvernance et la réalisation du Plan Sénégal Emergent (PSE).


Très conscient des enjeux du développement, l’Etat sénégalais, à travers le premier forum national de l’administration a pris d’importantes mesures pour moderniser son appareil administratif. Parmi lesquelles on peut citer l’adoption du schéma directeur de modernisation de l’administration publique, le code de déontologie du personnel public administratif et le plan d’action prioritaires de modernisation des procédures et formalités administratives. Il s’y ajoute la grande réforme de la décentralisation dénommée Acte 3 pour bâtir des territoires viables et cohérents, l’adoption du code de transparence dans la gestion des finances publiques et d’importantes réformes constitutionnelles pour approfondir et renforcer la gestion économique et démocratique du pays.

Il est temps de mener une réflexion profonde pour concrétiser la volonté du chef de l’Etat, Monsieur Macky SALL, d’améliorer la gouvernance publique et de finaliser toutes les réformes envisagées. Il s’agit de repenser le fondement de l’action administrative dans une approche systémique dans laquelle l’administration se focalise entièrement sur la satisfaction effective des usagers. L’Administration Publique A Haute Performance (APHP) est une administration nouvelle destinée uniquement à l’atteinte de résultats et à la satisfaction des besoins des usagers. Un véritable changement de paradigme car l’administration va devenir un grand centre de création de valeurs, elle sera dans un cercle vertueux de la satisfaction totale. C’est ainsi que nous abordons quelques conditions de mise en œuvre d’une politique de haute performance de l’administration sénégalaise.

Acquérir des ressources humaines de qualité qui nous permettent de se hisser au plan mondial

Elles doivent être capables de comprendre les évolutions de l’environnement économique et social du pays et avoir la capacité d’application pratique des connaissances. Des hommes et des femmes de grande expérience dans des domaines précis et une connaissance de base dans des disciplines connexes. Le nouveau fonctionnaire doit être obligatoirement un techno généraliste.
Le recrutement de ce type de fonctionnaire se fera sur contrat en fonction des besoins en compétences et qualifications. La promotion et l’avancement des fonctionnaires ne se feront plus en fonction de l’ancienneté mais au mérite c'est-à-dire sur la base des résultats obtenus. Ils cessent d’être statutaires.

Une grande capacité d’évaluer et de faire des choix entre plusieurs options pour atteindre un objectif précis dans un délai fixé

Comprendre les politiques publiques et savoir évaluer la pertinence sont des facteurs déterminants pour faire de la haute performance. Ces deux facteurs sont soutenus par une forte intelligence sociale c'est-à-dire la capacité de comprendre autrui et d’agir efficacement sur lui. De nouveaux acteurs apparaissent dans l’appareil administratif : des responsables de programme, des évaluateurs et des responsables d’unité opérationnelle. Avec le référendum de mai 2016 , il ya un renforcement du pouvoir de l’Assemblée nationale par la possibilité donnée aux députés de procéder à des évaluations. Un contrôle qui ne limite plus aux ministres mais aux directeurs généraux.

Adapter les outils et les méthodes de gestion privée dans l’administration publique pour surtout mesurer l’efficacité du gouvernement c'est-à-dire sa capacité à répondre aux besoins des citoyens. A ce niveau, il n’est plus question de reconduire automatiquement des crédits ou de mettre uniquement l’accent sur les moyens des ministères ; il s’agit de considérer effectivement les performances visées et d’avoir une bonne articulation des politiques retenues.

Une compétence de gestion des processus complexes et une aptitude à la résolution des problèmes difficiles.

C’est la capacité des fonctionnaires d’organiser des séries d’activités complexes et distingues en mettent en jeu leur leadership et le niveau fonctionnel. C’est à ce niveau que se créent des « noyaux de compétences » d’après les professeurs C.K.Prahahad et Gary Hamel. Cela suppose une organisation décentralisée, autonome dans laquelle l’atteinte des résultats devient une préoccupation collective.

Un dialogue de gestion à la place d’une logique bureaucratique

Compréhension d’ensemble des procédures et valeurs du système, maitrise des outils et identification claire des responsables.

Ce dialogue de gestion nous permet de mettre la logique de résultat au premier plan. C’est à ce niveau qu’il faut considérer la responsabilisation des acteurs et la primauté du droit qui sont deux facteurs qui dépolitisent tout le centre opérationnel administratif.

Une gouvernance intégrée

C’est une condition fondamentale dans le système de haute performance. Il s’agit de toute action de coordination des politiques publiques qui est initiée et développée par une autorité publique et qui est actualisée par des acteurs publics ou privés d’échelles différentes. C’est le jeu des missions et programmes.

Une mission est un ensemble de programmes concourant à une politique publique définie tandis qu’un programme regroupe les crédits destinés à mettre en œuvre une action ou un ensemble cohérent d’actions relevant d’un même ministère et auquel sont associés des objectifs précis ainsi que des résultats attendus et faisant l’objet d’une évaluation.

Il nous faut impérativement adopter des ruptures majeures et s’inscrire dans une dynamique de haute performance pour réussir le Plan Sénégal Emergent (PSE) et maintenir la ligne du succès. C’est un chantier difficile car il demande un changement de comportement et de méthode. L’administration actuelle est à reconstruire rapidement car elle semble être incapable de conduire les véritables changements dans un environnement mondial en pleine mutation. Un changement urgent de perception et de méthode s’impose car le Sénégal a fini de transposer les six directives majeures du cadre harmonisé des finances publiques de l’UEMOA et devrait commencer la mise en œuvre en janvier 2017 surtout avec la responsabilité décentralisée de l’ordonnancement de la dépense publique au niveau des autres ministres et des Présidents d’Institutions constitutionnelles.

L’Administration Publique A Haute Performance va résoudre deux problèmes au sein de l’appareil administratif : d’abord sur le plan organique, elle va rationnaliser les rapports des autorités publiques ; ensuite sur le plan fonctionnel, c’est la maitrise des activités et la gestion optimale des moyens. La particularité de l’APHP est d’innover et non de se limiter à la doctrine juridique qui est d’exécuter des lois et règlements. La APHP est un nouveau savoir-faire. Elle ressemble plus ou moins à une administration de mission c'est-à-dire très légère en procédure et ayant pour tâche d’imaginer et de contribuer à mettre en place les solutions destinées à répondre à des problèmes inédits.

L’APHP est un modèle capable de porter des processus complexes, des dynamiques et des questionnements stratégiques c'est-à-dire la prospective et les définitions des formes d’intervention au niveau local et global. La spécificité de ce modèle est sa capacité et sa teneur de pouvoir porter ce qu’on appelle « l’Economie du Savoir » qui est la reconnaissance et la gestion des connaissances et la technologie au service de la croissance économique et sociale. C’est le repérage des meilleurs pratiques. En somme, les médiocres n’ont pas leur place dans cette administration. C’est bien le savoir et la connaissance qui éliminent la politisation et délimitent clairement le niveau stratégique et celui de l’opérationnel.

Jean Philippe Deschamps, professeur en gestion stratégique de la technologie et de l’innovation à l’international Institude for Management Development à Lausane pensait ainsi : « Mobiliser les ressources nécessaires à un changement en profondeur peut sembler aussi difficile que de nettoyer les écuries d’Augias ; et de convaincre une organisation hostile au changement s’apparente souvent au combat contre l’hydre à neuf têtes ».

Alpha YOUM
Spécialiste de Gestion Publique et Droit Social
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