La culture des Sèmè mise en péril par les Sunnites

| 24.06.2016 à 00h00
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La culture des Sèmè mise en péril par les Sunnites
© DR / Autre Presse
La culture des Sèmè mise en péril par les Sunnites
« Notre espace équivaut à notre vie », disent les Sèmè. Chaque quarante ans, la communauté au complet célèbre le Donoble, coutume essentielle pour maintenir l’équilibre, l’harmonie entre l’homme et le monde. Mais, à Orodara, des Sunnites sans aucune considération pour les religions traditionnelles, ont érigé une mosquée sur le lieu sacré de cette coutume. Depuis, la tension monte.


Le premier lotissement de la ville de Orodara a eu lieu en 1969. Un terrain d’une superficie de 15477 m2 environ, formant la parcelle unique Lot 08 de la section AM du quartier Kouarino, actuel secteur 3, a été réservé comme zone d’habitation traditionnelle.

Ce terrain renferme trois lieux sacrés où se déroulent des rites coutumiers à des périodes différentes. Ce terrain constitue un patrimoine culturel immatériel de l’ethnie Sèmè (Siamou pour l’administration), population autochtone de Orodara. C’est le nombril de la population, sans distinction aucune. Toutes les coutumes sèmè y prennent naissance.

En aucun cas ce site sacré multi centenaire ne peut être attribué, ni à une personne physique, ni à une personne morale.

Et pourtant, cette zone traditionnelle a été attribuée, en 2005, par le maire CDP de l’époque, à un mouvement sunnite à l’insu de la population (pas d’enquête commodo et incommodo). C’est ainsi qu’une mosquée se dresse sur notre patrimoine culturel contre notre volonté.

Contrairement à ce que dit Traoré Kalifa, le président du mouvement sunnite, les autorités coutumières ont toujours recherché un règlement à l’amiable, auquel Le mouvement sunnite a toujours opposé une fin de non-recevoir, arguant d’un arrêté n° 2005-19/MATD/RHBS/ PNKD/DPI/ORD en date du 07 décembre 2005 qui leur aurait attribué le terrain.

En 2015, les autorités coutumières ont planté sur le site des arbres obtenus de la Direction provinciale de l’Environnement. Les Sunnites les ont arrachés, puis, en la personne du dénommé Traoré Kalifa, ont formulé une requête en date du 30 mars 2016 contre Coulibaly Krin, qui n’est qu’un maillon des autorités coutumières de Orodara et ne peut rien décider seul.

Une ordonnance n°002/2016 du Tribunal de grande instance de Orodara a invité Coulibaly Krin à comparaître le 15 avril dernier devant le juge du dit tribunal, et une assignation à bref délai en date du 13 avril de Maître Kouanda Moussa, huissier de justice près de la Cour d’appel et les Tribunaux de Bobo-Dioulasso, l’a mis en demeure d’abandonner les lieux, alors qu’il n’occupe rien.

À la suite de la requête de Traoré Kalifa, les autorités coutumières ont adressé une pétition au président du Tribunal de grande instance de Orodara pour expliquer la particularité du terrain en cause, et le vendredi 15 avril 2016, Coulibaly Krin s’est présenté devant le juge, mais le requérant n’est pas venu.

La convocation a été reportée au vendredi 22 avril 2016 ; Coulibaly Krin s’y est rendu, mais pas Traoré Kalifa. Il a fallu que le président du tribunal l’appelle au téléphone pour qu’il se présente. Ce jour-là, l’autorité judiciaire a estimé que ni la requête de Traoré Kalifa, ni la pétition des autorités coutumières n’étaient recevables par manque de preuves, et que si une des parties était insatisfaite, elle pouvait interjeter appel auprès de la Cour d’appel de Bobo-Dioulasso, ce que le mouvement sunnite a fait par la personne de Traoré Kalifa. L’audience aura lieu le mercredi 29 juin 2016 à dix heures. Toutes les autorités coutumières de Orodara assisteront à cette audience.

Sauvegarde du patrimoine culturel immatériel au Burkina Faso

En 2014, le Burkina Faso a bénéficié d’un fonds pour la sauvegarde du patrimoine culturel immatériel (PCI), intitulé « Inventaire et promotion du patrimoine culturel immatériel au Burkina Faso ».

L’expérimentation s’est déroulée dans les régions des Hauts-Bassins et des Cascades en 2014, et plusieurs départements de la province du Kénédougou, dont Orodara, ont bénéficié de cet inventaire. Mais le site en cause n’a pu être inventorié à cause de la mosquée sunnite qui s’y dresse.

Les autorités coutumières sèmè veulent que les Sunnites libèrent ce site culturel qui n’a jamais été bâti (aucune ruine ne s’y trouve), et elles interpellent les autorités administratives compétentes pour qu’elles résolvent définitivement ce problème de terrain en restituant cet espace culturel qui ne saurait connaître une partition.

Il faut savoir qu’une bombe à retardement est en train de couver, et qu’il arrivera un moment où les autorités coutumières ne pourront plus contenir une révolte qu’elles ont jusqu’ici su maîtriser. Les jeunes disent qu’ils sont à bout de patience.

Il y a des preuves que le terrain en cause constitue une zone d’habitation traditionnelle. En effet, toutes les zones marquées « T »sur la carte du lotissement de 1969 sont des zones d’habitation traditionnelle classée et non parcellée, selon la légende de ladite carte.

Il faut comprendre que, dans cette histoire, Coulibaly Krin n’est qu’un bouc émissaire, car la requête des Sunnites est contre toute la population de Orodara, et contre eux-mêmes, puisque les autorités coutumières accomplissent sur ce site culturel des sacrifices pour la santé, la paix le bonheur et la prospérité de toute la population, sans distinction de race, d’ethnie ou de religion.

Demander aujourd’hui aux autorités coutumières sèmè d’abandonner leur site culturel équivaudrait à éliminer l’ethnie sèmè, avec ses coutumes, de la carte du Burkina Faso. Si quelqu’un doit partir définitivement de ce terrain, c’est bel et bien le mouvement sunnite.

Les autorités coutumières sèmè demandent l’annulation pure et simple de l’arrêté d’attribution qui s’est fait dans leur dos.

[Cet article reproduit en grande partie le contenu d’une pétition adressée par les autorités coutumières de Orodara au ministre de l’administration territoriale, de la décentralisation et de la sécurité]

Daouda Coulibaly

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