François Traoré : Ce que je pense des grèves au Burkina Faso

| 05.11.2016 à 00h00
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François Traoré : Ce que je pense des grèves au Burkina Faso
© DR / Autre Presse
François Traoré : Ce que je pense des grèves au Burkina Faso
La grève fait partie des droits de l’Homme libre surtout quand il travaille et est payé par une tierce personne ou structure étatique. Dans la démocratie, l’Etat doit être préoccupé par le fait que tout Homme doit avoir du travail et vivre décemment de ce travail. Au Burkina Faso, cela fait près d’un an que dans les services étatiques et privés, les grèves se succèdent et se chevauchent. En étant Agriculteur, donc un privé, je suis ces mouvements de grève avec attention. Souvent, nous Agriculteurs, nous sommes victimes. C’est le cas par exemple quand les enseignants et les agents de santé grèvent. Je me suis donc trouvé dans l’obligation de faire une analyse.


À mon avis, une partie du problème se retrouve dans le changement de régime qui forcément doit amener une autre forme de gouvernance. Pour se maintenir au pouvoir, l’ancien régime avait comme système, le réseautage dans les services. En effet dans chaque service, il fallait avoir un groupe d’Hommes acquis à sa cause et cela même pour camoufler des faits malsains. Les éléments de ce réseau n’avaient pas forcément besoin d’être des Hommes de qualité dans le travail et cela jouait forcément sur la direction des services. Une partie des décorations se faisait par ce canal. Les Hommes qui ne croyaient qu’au travail bien fait dans leur service étaient souvent combattus s’ils n’étaient pas dans le réseau. Travailler pour l’intérêt de la nation dont on fait partie avait perdu son sens. Si le Burkina existe aujourd’hui, c’est parce que nos ancêtres ont travaillé pour qu’il existe et du temps de nos ancêtres, les louanges leurs étaient faites par rapport aux services rendus à la société. Pendant l’ère Compaoré, on dirait que plus on se sert malhonnêtement pour avoir la fortune, plus on a des louanges. Or le travail fait dans les règles de l’art avec patriotisme et honnêteté était un fait ordinaire sous le règne de son prédécesseur Sankara. Des travailleurs ont été brimés sous le système Compaoré. Le régime actuel est en train de subir ces séquelles.

Face à cette situation que faut-il faire ? Comme le travail honnête est le seul libérateur de l’homme, je demande aux vaillants travailleurs malgré leur droit de grève qui est légitime, de prioriser le travail et le dialogue. Chaque fois qu’un service s’arrête, c’est une pièce de la machine du Burkina qui ne fonctionne pas ; alors que le Burkina fait partie de la mondialisation qui bouge tous les jours. Un pays comme le Burkina qui fait partie des pays les pauvres accroît son retard chaque fois qu’il s’arrête pour grever. Cela va se répercuter sur nous et nos enfants car c’est le travail que nous nous faisons aujourd’hui qui va créer le travail de demain pour nos enfants. Sachons également que chaque fois que le Burkina s’arrête, les autres pays continuent, personne ne nous attends. Certains font leurs bénéfices quand nous sommes en train de nous chamailler. C’est ça aussi la règle non dite des affaires.

Je demande aux différents chefs de services et directeurs, de rompre avec le passé en bannissant le mensonge, les intrigues et en reconnaissant le mérite du travail bien fait. Je souhaite également que les chefs de services et les directeurs soient nommés par rapport à leur qualité, leur honnêteté et leur capacité de travail. Une nomination ne doit pas être qu’un privilège à l’endroit de la personne à laquelle elle est accordée, mais elle doit avantager le service dans sa bonne marche. J’ai l’habitude de dire qu’un leader ne se sert pas mais il sert. Le nouveau Burkina se fera avec des Burkinabè conscients de ces principes de développement. Il faut la cohésion et l’honnêteté. Des pays comme la Corée du sud et le Vietnam nous montrent un bon exemple. En Afrique, certains pays ont commencé à se faire respecter dans la bonne gouvernance et là je vous laisse imaginer. Je souhaite qu’un jour le Burkina soit compté parmi ces pays qui donnent le bon exemple.

En tant que citoyen burkinabé

Ouagadougou, le 03 Novembre 2016

François B. TRAORE
Agriculteur Burkinabé
Docteur honoris causa de l’Université de Gembloux

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